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Affichage des articles du novembre, 2018

A la soupe !

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J'ai toujours détesté la soupe aux poireaux. Cette odeur aigre de sueur dégradée s'échappant d'aisselles harassées par la promiscuité moite d'une rame de métro après la nuit trop courte et l'ennui mécanique du labeur tarifé, qu'aucune promesse de déodorant ne pourra jamais tenir.
Cet effluve piquant aux narines, imprimant fugacement le dégoût au nez froncé, qui en rappelle un autre, venu du tréfonds de l'enfance, quand le brouet clair imprégnait la pièce de ses relents de fer-blanc. 

De ce potage quotidien, toujours le même du 1er janvier au 31 décembre j'ai gardé l'image chiche de quelques rondelles de poireaux tentant vainement d'échapper à la noyade, happées par le poids livide des pommes de terre qui les tiraient implacablement vers le fond de la casserole cabossée.
L'ensemble venait s'échouer au fond de mon assiette, et je déglutissais avec peine les morceaux de légumes achevés d'une mort lente par deux heures de cuisson, qui s…

La saison des pluies

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14 novembre. Il fera chaud encore aujourd'hui. 20 degrés d'un soleil presque gêné de darder ses rayons au milieu des feuilles mortes et des arbres rougissants. Ne serait-ce la fraîcheur du petit matin, et cette lumière plus frêle, tamisée de papier, on pourrait croire au printemps.  Sur les étals des petits marchés on trouve encore quelques tomates et même, en cherchant bien, les dernières feuilles de roquette sauvage, comme un pied de nez à l'été enfui, tandis que des framboises, pulpeuses et parfumées comme une belle italienne, narguent la bure raide et rousse des noix et des noisettes.
Plus loin, un poissonnier roublard vante à grands cris les mérites des derniers encornets de la criée de Saint-Jean de Luz. Sans doute premiers devant l'Eternel à force d'ultime tous les dimanches.
Alors je me suis laissée tenter, fidèle au poids de la malédiction que porte mon nom. J'imaginais déjà les contours de l'assiette. Oh, bien sûr, comme chaque fois, je ne savais …