Articles

La pâte à crêpes de Gaston

Image
Le premier livre de cuisine dont j'ai fait l'acquisition, étudiante, était signé Gaston Lenôtre,  que toute ma famille vénérait comme l'incarnation du Dieu de la Pâtisserie -eu égard à l'époque, ils n'avaient pas d'ustensiles, tee-shirts ou tabliers siglés, mais je gage qu'ils s'y seraient laissé prendre. 
Ce livre, je l'ai encore aujourd'hui et j'ai transmis certaines de ses recettes à mes enfants -véritables secrets de famille dont j'espère qu'ils traverseront les générations, tant j'aime cette idée de transmission et de partage, synonyme pour moi de la cuisine, la vraie.
Celle de la pâte à crêpes est un must, meilleure que celle de ma grand-mère, c'est vous dire. J'en ai essayé bien d'autres, qui n'ont pas trouvé grâce à mes yeux. C'est pour moi LA Recette. La partager avec vous est aussi l'occasion de rendre hommage à ce pâtissier exceptionnel aujourd'hui disparu, à l'heure où un autre grand no…

Serge François, l'horloger du goût

Image
Si l'horloge est une belle invention pour rappeler l'heure des repas, celle de l'hôtel restaurant du même nom, à Auvillar, quelque part entre Agen et Montauban, sonne le temps du plaisir de la table. Des plaisirs devrais-je dire, car s'il est une certitude à celui qui s'arrête là l'espace d'un déjeuner, sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle, c'est bien de s'y régaler dans l'assiette comme dans le verre. 

Petite mer

Image
Il y a toujours eu des huîtres sur la table du réveillon. Dans une famille où le marché prenait des allures de cérémonie, on m'a appris à goûter à tout très tôt. 
Le goût des huîtres Et j'ai tout de suite aimé cette petite mer dans une coquille, le goût salé de l'eau qui reflétait la nacre, les délicates nuances de gris allant jusqu'au vert du coquillage encore frémissant, la blancheur du muscle, ferme et sucré, la dentelle des cils bordant la chair frissonnante. Et cette plénitude qui tapisse la bouche toute entière, parfait équilibre qui me réjouissait dans toute sa simplicité, sans rien y ajouter, pas même un trait de jus de citron, quand le reste de la tablée s'évertuait à noyer ce miracle dans un mélange d'échalotes grossièrement hachées et de mauvais vinaigre.

Coup de vent sur Donostia

Image
Un réveillon à Donostia, dans un hôtel avec vue sur la baie, c'est une proposition qui ne se refuse pas. Mais, parce qu'il y a un mais, qui n'était pas la tempête spectaculaire qui s'est offerte à nos yeux depuis les baies vitrées de l'hôtel, encore fallait-il qu'elle s'accompagne d'un dîner digne de ce nom.

Ah ça ira, ça ira, ça ira...

Image
Le mot d'ordre pour le calendrier de l'Avin 2017, c'est tout en bulles ! Ça tombe bien, j'adore les bulles, pas seulement dans le champagne d'ailleurs, mais il est le seul vin qui ait l'extraordinaire pouvoir de me donner des frissons, de faire briller mes yeux et d'y faire perler une petite larme, là, juste au coin, entre deux rires émerveillés.

Puisqu'il fallait en choisir un, j'ai succombé à l'émotion d'une dégustation, répondu à l'appel d'une bouteille "révolutionnaire" qui m'a fait tourner la tête (mais n'est-ce pas le propre de ce mouvement que de faire un tour sur soi-même), le champagne Révolution de la Maison Doyard.

Alors bien sûr, je pourrais vous parler de ces terres calcaires de la Côte des blancs où la craie affleure, de ces villages du Mesnil sur Oger, Oger, Avize et Cramant, classés grands crus, où les vignes vieilles de 40 à 60 ans portent le chardonnay dont est faite exclusivement cette cuvée.
Je …

Bal de promos

Image
Demain c'est le Black Friday, mais vous le savez sans doute déjà. Impossible de passer à côté, au regard du nombre de publicités en tous genres qui saturent votre boîte mail et la mienne, avec des promos toutes plus alléchantes les unes que les autres sur des ordinateurs, des écrans plats, des voitures, des voyages, des bouteilles de vin, des chemises tailleur, des petites culottes à frou-frou ou des godemichés en plastique fluo. Un inventaire à la Prévert destiné à vider votre compte en banque en flattant vos bas instincts consuméristes. 

La confusion des genres

Image
Il y a belle lurette que les épiceries, les vraies, ont disparu. Oh, je ne parle pas de ces temples du bon goût et du produit rare, vendu à prix d'or, dans les beaux quartiers de la capitale, mais de ces boutiques de quartier qui s'apparentaient à des cavernes d'Ali Baba, où s'entassaient pêle-même sacs de farine ou de café, flacons d'huile et bouteilles de vin, où les boîtes de sardines s'étalaient nonchalamment sur les rayonnages, côtoyant conserves de petits pois et savon de Marseille, quand ce n'était pas l'apanage de son voisin le quincailler.

Pour une bouchée de pain !

Image
J'ai une tendresse particulière pour le square des Batignolles. Son lac, sa cascade, son décor rocailleux parfaitement kitsch. Ses bancs où j'ai traîné adolescente, ses bosquets aux baisers volés. Peut-être est-ce là que j'ai puisé le goût. Le goût de l'eau, le goût du pain, et celui du perlimpimpin...*
L'eau fraîche qui roule dans le fond de la gorge, comme un torrent sur les lèvres assoiffées. Et puis, de suite après, le pain. La bouchée qui tapisse le palais de sa robe ronde et chaude. C'est merveilleux une bouchée de pain. Cette croûte geôlière qui crisse sous la dent, craquante, caramélisée. Libérant d'un coup la mie parfumée, légère, alvéolée. A l'esprit acéré, légèrement acide, fruit d'un levain chargé de promesses. Un pain source de vie, un corps, mi-dieu, mi-homme : le pain nourricier.

Grand-Mère sait faire du bon café !

Image
On a tous dans le coeur une grand-mère oubliée, aux joues roses et poudrées, à la chevelure argentée... Parce qu'on a tous une grand-mère. On ne l'a pas toujours connue. Ceux qui ont cette chance retiennent une petite larme qui perle au coin de l'oeil -je vous vois ! Les autres se contentent de l'imagerie bon teint qu'on y associe, un bestiaire plus épais que le catalogue des Trois Redoutes de la belle époque. Parce que c'est si bon, si doux, une grand-mère. Cet être merveilleux qui pose son regard bienveillant sur vous, qui pardonne et qui passe tout. Qui réconforte et qui apprend. J'en parle d'autant plus aisément que la mienne m'a élevée. Je n'emploie pas le terme par hasard : elle a fait de moi ce que je suis. Elle ne m'a pas façonnée, non, elle m'a permis l'élévation, m'a ouvert toutes grandes les portes de la curiosité, du goût -le bon goût, celui de la culture et de l'élégance, et même du chic parisien, mais aussi et …

La nostalgie du livre de cuisine

Image
Dans la cuisine familiale il y avait un vieux livre de recettes qui traînait sur un coin de la table. Je revois encore la couverture tâchée, passée, jaunie par le temps, usée aux coins, et son illustration naïve.
Le livre de cuisine Tous les codes du genre étaient là  : cuisine de famille, autoproclamation à présenter la vraie manière d'accommoder les restes, domestique en tablier et charlotte mitonnant un ragoût sur le coin du poêle, sous l'oeil attentif et bienveillant de la maîtresse de maison, et bien sûr, la référence ultime, rassurante dans tout ce qu'elle portait de dimension affective : Tante Marie, qui  nous délivrait là ses secrets. Et c'est bien connu, nous avons tous une tante Marie quelque part, aux joues roses et fanées éclairées d'un bon sourire. S'il contenait peu d'illustrations, tout au plus quelques gravures, cet opus balayait largement tout l'éventail de la cuisine ménagère telle qu'on se devait de la pratiquer dans tous les foyer…