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Affichage des articles du septembre, 2018

Alexandre Mazzia ou le voyage à Cythère

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Il est des mots plus difficiles à faire couler que d'autres. Ceux qui suivent en sont, verrouillés par la nécessité de l'exactitude et la crainte de n'être pas à la hauteur. Peur de ne pas refléter la magie de l'assiette, la précision du goût, cette expérience unique à chaque fois renouvelée, ce long regard sur le calme des Dieux. Et puis la ville aussi, à jamais indissociable, belle et forte comme une femme, guerrière alanguie déposant les armes dans sa cuisine à lui.

Bien plus que Montauban on ne devrait jamais quitter Marseille. Bleue, libre, écrasée de lumière, elle devrait rester l'ultime refuge. L'île. Oui, mais voilà... il faut parfois partir pour mieux revenir. Refaire encore le voyage comme on part en pèlerinage.
Et d'abord le soleil, insolent, écrasant les crêtes des toits, lissant l'angle des pierres, éclaboussant les trottoirs. Zénith brûlant le dos le long des rues du Prado, à l'heure du déjeuner, à la recherche de la fraîcheur de la ru…

La modification

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C'est un matin de septembre. Un matin d'écrire, presque un matin d'été. Ciel bleu, à peine quelques moutons rosés éclaboussés de céruleum. Lumière dorée d'un petit maître du XVIIIème.
Et pourtant, dans la douceur inattendue du jour enfant, imperceptible et tout entier contenu, flotte un je ne sais quoi, entre fin et commencement. Un peu de trop ou de pas assez. La pudeur des premières feuilles froissées d'or et de poussière, le vol têtu d'oiseaux succombant à la tentation du sud, l'éclat sourd du soleil patinant les façades.
Et puis l'odeur, chaude encore, mais déjà trop mûre, chargée de l'humus naissant sur les pelouses des jardins publics.
Pas celle des sous-bois, non, lourde de cèpes et de gibier apeuré. Plutôt celle des écoles d'autrefois, quand le tableau noir crissait sous la craie. Un parfum d'encre épaisse, de cire et de pomme juteuse croquée dans la cour, de souliers poussiéreux pris dans des courses improbables, à l'assaut …