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Sweet moelleux au chocolat


Ma grand-mère étant avant tout une cuisinière, ses efforts en matière de pâtisserie se résumaient aux tartes, quatre-quarts, et autres crêpes et  beignets ainsi qu'à quelques spécialités italiennes. A part dans les canoli, le chocolat n'était pas de mise. Non pas qu'elle ne l'aimait pas. Je soupçonne plutôt qu'elle le révérait tant qu'elle ne se sentait pas à la hauteur. Elle préférait donc en croquer un carré en guise de dessert ou le réserver à mes goûters avec un morceau de pain et du beurre (le fameux pain au chocolat à ne surtout pas confondre avec la chocolatine !). Pour le reste, elle laissait à d'autres le soin de le sublimer, du pâtissier et ses religieuses habillées d'une cornette de papier se balançant au bout d'un bolduc bleu frisotté comme une vieille Anglaise, aux bonnes soeurs de Saint-Germain qui réalisaient les bouchées pralinées les plus exquises qu'il m'ait été donné de manger. 

Ces chocolats étaient d'ailleurs l'objet d'un curieux rituel chez moi, qui le devait autant à la gourmandise qu'à leur prix élevé pour notre maigre bourse : après le dessert qui était souvent un fruit, mon père coupait en quatre le bonbon fourré de pâte de noisette et chacun d'entre nous dégustait lentement l'hostie chocolatée, les yeux mi-clos, pour s'imprégner pleinement des arômes torréfiés, communiant ainsi dans une ferveur toute religieuse sur l'autel de toile cirée fleurie de la table de la cuisine.

J'ai forgé en ces temps-là mon amour quasi exclusif du chocolat noir, des desserts de pâtissier et des boutiques de chocolatiers au charme suranné.

Ce n'est que bien plus tard que j'ai découvert Roald Dahl. Charlie et la chocolaterie, la grosse pêche juteuse de James n'étaient à mes yeux que des histoires fantasques pour enfants quand on m'offrit un jour un recueil de ses nouvelles, intitulé Bizarre, bizarre ! Des histoires extraordinaires que n'aurait pas reniées Edgar Allan Poe, où l'étrange, le saugrenu, laissait une impression de délicieux malaise.

Au rang de ces bizarreries dérangeantes je m'aperçus très vite que la nourriture, et particulièrement le sucré, étaient pour l'auteur une obsession intime. Je relus alors d'un oeil nouveau ses romans qui prirent d'un coup une toute autre dimension. La goinfrerie était le mal, qui débouchait inexorablement vers le châtiment et la mort ; la nourriture, mystérieuse, une sorte d'Excalibur aux pouvoirs magiques, merveilleuse, dangereuse, impossible à contrôler. 

Je découvris même qu'après sa mort on avait compilé une série de recettes grotesques tirées de ses différents ouvrages, dans un recueil intitulé "Les irrésistibles recettes de Roald Dahl", dont le titre original "Roald Dahl’s Revolting Recipes" donne toute la dimension répugnante que représentait la bonne chère pour l'écrivain. Il était d'ailleurs lui-même l'auteur d'un livre de cuisine pour adultes, "Memories with food at gipsy house" dans lequel il écrivait : nous sommes tous des cochons, mais (...), je l'espère, des cochons doués de raison…

Cependant, au milieu des doigts de pied de moustique frits le plus délicatement du monde et des spaghetti aux vers se cachait un gâteau au chocolat qui n'avait rien de ridicule, celui de Julien Apolon dans Matilda. Un dessert qu'il voulait collant et qui se révèle in fine d'un moelleux parfait. Une pure gourmandise dont Roald Dahl n'imaginait sans doute pas qu'il était tout sauf une farce -ou peut-être que si, allez savoir, ce ne serait pas la moindre de ses étrangetés.

C'est ce gâteau, dont j'avais conservé précieusement la formule, que je vous propose aujourd'hui, légèrement revisité et allégé de son excès de sucre.



Ingrédients (pour 8 personnes)

250 g de chocolat noir extra (à 80%)

175 g de beurre ramolli

100 g de sucre en poudre

4 bonnes cuillères à soupe de farine      

6 oeufs (séparez les blancs des jaunes)


Nappage (facultatif)

250 g de chocolat noir extra

250 g de crème fraîche


Préparation : 

Préchauffer le four à 150°

Faire fondre le chocolat au bain-marie, ajouter le beurre et mélanger.

Ajouter la farine, le sucre en poudre, et les jaunes d'oeuf légèrement battus.

Battre les blancs en neige ferme et les incorporer doucement en deux fois

Enfourner pour 25 à 30 minutes. La lame du couteau doit ressortir un peu humide.

Démouler, retourner et laisser refroidir sur une grille.

Faire fondre le chocolat et la crème du nappage au bain-marie, en remuant de temps en temps pour bien mélanger. Laisser tiédir un peu avant de napper à l'aide d'une spatule.

Garder un peu au frais  avant de servir.


NB : je parfume souvent mon chocolat avec des épices moulues, ce qui lui donne une autre dimension.